Ecrire un polar

En 2015, à l’occasion du 125e anniversaire de la naissance d’Agatha Christie, la chaîne de télévision britannique Drama a entrepris de découvrir la formule pour ecrire un bon thriller. Comme s’il s’agissait d’un groupe de scientifiques désireux de découvrir un vaccin, plusieurs experts se sont réunis pour étudier et analyser les subtilités des romans policiers écrits par l’auteur britannique (seulement vingt-sept sur soixante-six) jusqu’à ce qu’ils parviennent à extraire une série de lignes directrices ou d’éléments communs que l’on retrouve dans la plupart de ses œuvres. Ils se sont même risqués à concevoir une formule pour ecrire un roman policier cycle 3.

La recherche a été menée par le Dr James Bernthal de l’Université d’Exeter, le Dr Dominique Jeannerod, chercheur à l’Institut de recherche collaborative en sciences humaines de l’Université Queens de Belfast, et l’analyste Brett Jacob. Après avoir beaucoup lu et conversé, ils ont trouvé la structure du roman policier à partir de laquelle nous pourrions ecrire un bon thriller comme ceux d’Agatha Christie. La formule est la suivante :

k (r,δ, θ, c) = f {rk+ δ + θ {P,M },c (3≤4.5}

Étant chacun des éléments composant l’équation :

  • K = l’inconnu de l’équation est l’identité du meurtrier
  • r = la relation avec la victime
  • δ = moyen de transport principal associé au roman
  • θ = méthodologie du meurtre et caractérisation du détective
  • P = fait référence au détective Poirot
  • M = fait référence à Miss Marple
  • c = chapitre introduisant l’assassin
  • f = se réfère à une femme ou au féminin

On peut tirer de cette étude une série de conclusions ou d’éléments communs à une intrigue policiere exemple :

  • Le meurtrier est introduit dans la première moitié du livre.
  • Si le coupable est émotionnellement impliqué avec la victime, il y a de fortes chances qu’il soit le conjoint ou un parent proche de celle-ci.
  • S’il y a beaucoup de véhicules terrestres dans l’histoire, le tueur est probablement une femme.
  • Si l’on trouve de nombreux véhicules nautiques ou d’avions dans le récit, le coupable est très probablement un homme.
  • Si la victime est étranglée, le meurtrier est vraisemblablement un homme.
  • Si le lieu du crime est une maison de campagne, l’assassin est sûrement une femme (avec une probabilité de 75 %).
  • Le langage utilisé tout au long du livre pour décrire une meurtrière est généralement plus négatif que celui décrivant un assassin masculin.
  • Les meurtrières sont généralement découvertes en raison d’un élément domestique.
  • Les coupables masculins sont généralement découverts par le biais d’informations ou de la logique.
  • Lorsque Poirot est le détective et que la mort est causée par un objet pointu, le meurtrier est plus souvent mentionné au début du récit.
  • Lorsque Miss Marple est le détective et que le mobile du meurtre apparaît être une question économique, le meurtrier est davantage mentionné dans les dernières étapes du roman plutôt qu’au début.

 

Les étapes du roman policier enquete

Cette formule d’écriture n’est valable que pour les polars basés sur le principe « Who do it ?” (qui l’a fait ?). Cette structure du roman policier classique peut être résumée comme suit :

  • 1. Le corps est retrouvé au début du roman.
  • 2. Le lecteur se voit présenter un groupe fermé et réduit de suspects, généralement liés les uns aux autres par leur appartenance à un même groupe social ou par leur localisation.
  • 3. On introduit et présente le détective.
  • 4. Une série de fausses pistes ou de manœuvres de distraction sont mises en évidence afin que le dénouement ne soit pas prévisible.
  • 5. Le dénouement sera rapide et efficace, ce qui satisfera le lecteur.
  • 6. Le roman policier comprend également une « piste principale » révélée au milieu du récit. Elle sera mentionnée de façon évidente, afin que le lecteur s’en souvienne, créant ainsi un sentiment de “fair-play”. Cette pratique évitera que le lecteur se sente trompé ou trahi en arrivant au dénouement.

Toutes ces considérations ne peuvent évidemment pas être interprétées comme étant « LA formule idéale » de rédaction de romans policiers, comme indiqué par les auteurs de cette recherche. Il ne s’agit en fait que d’une série de schémas habituels retrouvée dans les romans de l’auteur britannique.

Qu’est-ce qui rend les lecteurs accros à l’ intrigue policiere exemple d’Agatha Christie ?

Ce n’est pas le style qui distingue les romans de cet auteur, mais la mise en scène et surtout le travail réalisé avec les personnages. Christie caractérise soigneusement ses détectives, les dotant d’un caractère unique avec leurs vertus et leurs défauts. Elle conçoit le mobile du tueur dans les moindres détails (que ce soit la vengeance, un mobile financier ou le désir de protéger quelqu’un). L’auteur britannique élabore un mobile fort qui correspond également à la personnalité du criminel. Par ailleurs, tous ses romans ont souvent une histoire cachée, provenant généralement du passé de l’assassin faisant prospérer chez lui le désir de tuer.

Bien que son roman policier enquete suit la structure du “Who do it ?”, Agatha Christie éveille la curiosité du lecteur au-delà de la découverte du meurtrier. Ce que le lecteur veut vraiment savoir, c’est le mobile qui se cache derrière le crime et ce qui pousse une personne apparemment ordinaire à vouloir mettre fin à la vie de quelqu’un.

On peut donc tirer 3 règles essentielles pour ecrire un roman policier cycle 3

1. Commencer par la fin

Bien que cela puisse sembler insensé au premier abord, la meilleure façon d’écrire un roman policier et de faire fonctionner le mystère proposé au lecteur est de commencer par la fin. C’est-à-dire par la solution de l’énigme, et de travailler à l’envers à partir de là. Pour arriver à cela, il faut clarifier ces trois points :

  • Qui est le meurtrier ?
  • Comment a-t-il commis le crime ?
  • Pourquoi l’a-t-il commis ?

2. La solution du mystère doit être comprise, et non révélée

La clé pour écrire un roman policier qui satisfasse le lecteur est de lui faire croire qu’il pourra découvrir le meurtrier avant le détective. Bien sûr, le travail de l’écrivain consiste à l’empêcher de l’identifier, mais toujours à lui faire croire qu’il peut y parvenir.

La question qui se pose à ce stade est de faire en sorte que le lecteur arrive à la fin de l’histoire en se disant : « mais comment n’y ai-je pas pensé ?”. En d’autres termes, une fois que la solution de l’affaire est sous ses yeux, le lecteur doit pouvoir revenir en arrière, suivre le chemin que l’écrivain a tracé et se rendre compte que, vraiment, tout ce dont il avait besoin pour découvrir le meurtrier était là, sous ses yeux.

3. L’importance des pistes

Parvenir à une fin qui puisse satisfaire le lecteur parce que celle-ci est logique et qu’il avait les outils nécessaires pour résoudre l’énigme dépend des pistes que l’écrivain inclue dans son histoire ainsi que de la façon et de l’endroit où ils sont situés. Écrire un roman policier qui plaise au lecteur ne consiste pas à lui rendre la tâche facile, mais au contraire à la rendre difficile mais accessible.

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