Assis sur un lisier, au pays de l’homme blanc (il en existe des rouges), je regarde les êtres qui entre eux se houspillent, j’ai mis du temps à m’habituer quand, sous le réverbère du destin brisé, j’entends des cris, de ces bouches d’horreurs sortent la plainte sourde de gens nus et peureux…
Paroles d’étoiles cachées de l’ombre bleue.
Bam ! Bloong !
Dans la forêt des paresseux, jardinier de génie apparait Arcimboldo qui construit des visages en courgettes et poireaux.
Il a fallu que je revisionne les séquences d’ADN enfouies sous la coquille d’un baveux escargot …
Toute petite déjà, je craignais le noir, recherchais l’abri qui me protègerait, en l’occurrence le dessous de table de la salle à manger Henri II ou III, peu m’importait alors, je voulais seulement me soustraire au plus vite de la vue de monstres sortis de la nuit.
Plus tard, j’étais telle une tortue promenant sa carapace ; une timidité pesante paralysait toute velléité de contact, de communication, qu’elle soit opaque ou éclairée. Ma cousine Ginette, fille de charcutiers auvergnats promus sur les marchés parisiens, m’initia aux intrusions mercantiles et me servait d’éclaireur lors de commissions épicières ou autres que je devais assumer. C’était elle qui faisait la demande et répondait aux éventuelles explications requises car la moindre remarque qui m’était adressée me faisait rougir jusqu’aux oreilles, bafouiller et accentuait le mal de ventre déjà amorcé.
Lettres dans le cadre de la saison « Correspondances Impertinentes» .
Extraits des ateliers d’écritures des villes de Beauzelle et de Saint Alban
Lettre à Madame la Secrétaire de Section du P.C.
Camarade,
Il faut que je te dise les souvenirs que j’ai des réunions qui se tenaient, il y a fort longtemps, et très souvent, dans ton appartement. En ce temps-là tu étais très, trop, dévouée à ce parti qui te semblait posséder toutes les valeurs humaines auxquelles tu crois toujours, j’espère.
Les camarades, hommes pour la plupart d’entre eux, se tenaient autour de la grande table, attentifs à tes envolées impétueuses et violentes à l’égard de « tous ceux qui oppriment le peuple» …
Moi, derrière la porte du couloir entrebaillée, je te regardais. Je ne t’écoutais pas. Je te regardais et je regardais les hommes te regarder. Tu étais très belle et je me demande encore si ces hommes, toujours plus nombreux, entendais tes paroles.
Je les détestais.
Maintenant, tu es vieille Maman, et tu as jeté toute cette violence contre le parti et ta beauté perdue, mais tu es à moi.
Françoise Pierre, lors des ateliers d’écriture de la ville de Saint Alban
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DEAMBULATIONS « MEDIATHIQUES»
« … La R18 break, venant d’Albi où nous habitions, montait la butte de Jolimont. Et soudain Toulouse surgissait et m’explosait au visage. Délicieux. Je restais silencieux coincé à l’arrière de la voiture entre mes deux frères. Toulouse apparaissait et j’avalais. J’avalais cette grande ligne droite qui dévalait la colline, traversait le canal du midi, puis les quais de la gare Matabiau. Au bout, tout au bout, elle se diluait sur les boulevards. Ces grands boulevards de la grande ville noyés de voitures. J’observais mon père au volant sûr de lui, lui le Toulousain. Je me sentais en sécurité, nous étions sur son territoire…» |
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Moulinette
« …Il se trouve dans un immense chantier, des gravats et des valises jonchent le sol. Que se passe-t-il ? Un exode ? Peut-être y a-t-il eu une catastrophe, une explosion, un cyclone… Mais non, apparemment, un simple mouvement de foule, un mouvement bruyant de gens convergeant vers le même point. Quelqu’un peut-il le renseigner ? Tout le monde paraît absorbé, indifférent. À sa gauche des palissades jaunes hautes de 2,5 mètres permettent de canaliser la foule qui déambule. Elles sont molles : dès que suffisamment de gens s’agglutinent à leur pied, elles s’abaissent, les laissent passer, et remontent aussitôt. Que faire ? Péniblement il se lève, jette un regard et décide de suivre le mouvement. Un homme vêtu d’un pardessus élimé, rapiécé en plusieurs endroits de tissu chamarré le bouscule avec un immense tableau :…» |
