Le découpage comme réécriture

Auteur du dispositif : Philippe Berthaut.

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Mots-clefs : écriture et photographie – travail de groupe –découpage et réécriture -

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À partir de photographies de Luc Arasse in « Regards » – 2005.

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À partir de deux photos de Luc Arasse extraites du mensuel « Regards », j’installe un dispositif visant à réécrire un récit à partir de « manoeuvres » de découpage des photos. Destructurer la photo induit une restructuration du texte. Le dispositif s’inscrit dans le désir de trouver d’autres manières de réécriture ne faisant pas appel au jugement quel qu’il soit, fût il le mieux intentionné.

Sans titre

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Etapes du dispositif:

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Étape 1

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Constituer deux groupes : 1 groupe avec la photo de la balle sur la table, 1 groupe avec celle de l’enfant au piano. Ecrire à partir de ces photos. 5 min Lecture par groupe. Les deux groupes se rejoignent.

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Étape 2

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Prendre les deux photos, les couper chacune en quatre morceaux (ne pas dire égaux ou non. Ne pas suggérer). Coller les huit morceaux sur une grande feuille (59, 4 x 42) Ecrire un récit à partir de cet ensemble sur une grande feuille 15 min.

Sans titre

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Étape 3

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Couper la grande feuille en quatre morceaux égaux (29,7 x 10,5)

Couper une feuille vierge format 59,4 x 42 en quatre morceaux égaux (29,7 x 10,5)

Entrelarder feuilles du puzzle et feuilles vierges

Agrafer l’ensemble.

Ecrire sur les feuilles blanches mais aussi sur les feuilles où sont les photos un récit d’ensemble

30 min

lecture par groupe de 2

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Étape 4

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Mise en commun de ce que la lecture par groupe de 2 a donné

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Exemple de texte issu du dispositif :

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Écrire une pratique

Aujourd’hui, c’est une photo en noir et blanc qui doit déclencher l’écriture : Au centre, une balle de tennis, tout au bord d’une table ronde devant une fenêtre. Des bougeoirs de différentes hauteurs sur l’autre moitié de la table. Dans un clair obscur éclairé par la lumière du dehors. Lui aussi, se sent souvent dans ce même clair obscur, à la fois sombre et lumineux. Et dans cette atmosphère, il rame et se démène. Toujours dans une situation précaire et difficile car, avant de travailler, il lui faut trouver l’argent pour le faire. Et rechercher aussi les participants, le cadre de travail, parfois même créer la structure porteuse. Pourtant, brûlé par l’écriture et le désir de faire connaître, de partager, de faire écrire, il ne voudrait pas faire autre chose. Même si parfois, le découragement, la lassitude, le manque d’argent, les difficultés d’organisation l’inciteraient à baisser les bras. Naturellement, il aspire à plus de sécurité, plus d’aisance, plus de travail en commun, moins de contraintes financières. Mais il se sait en phase avec les pionniers qui ont défriché le chemin. Alors, il continue à débroussailler. Il s’aventure, comme la balle au bord de la table, aux extrémités de la terre. Au bord de la falaise, il pourrait glisser. Pourtant il poursuit le chemin escarpé. En fait, il aime.

La valise qu’il traîne partout est lourde d’un fatras de textes et de livres : des dictionnaires et de la poésie japonaise, des références littéraires ou théoriques et des romans de gare, des ouvrages techniques ou des publicités dérisoires, des histoires qui l’ont marqué et des lettres reçues. Tout ce qu’il aime et tout ce qu’il souhaite partager. Et sa table de travail est aussi vide et lisse qu’un bureau ministériel : un paquet de feuilles, un stylo plume or et un ordinateur très ordinaire avec, seulement, un logiciel de saisie de textes. Il peut voyager sans bagages car à force d’être nomade, il est devenu poète et, tel un bon artisan, il sait fabriquer ses propres outils, il sait recréer le monde autour de lui. Avant chaque départ, il refait pourtant sa valise avec minutie en fonction de ceux et celles qu’il va rencontrer. Il apporte juste un peu de rêve et quelques plumes de rechange mais aussi une conviction à partager que chacun

peut reconstruire le monde. Seulement avec sa plume. Pour se donner du coeur au ventre, tous les mois il va rencontrer des gens qui font comme lui. Il participe, à Tournefeuille, à l’atelier « recherche ». Ce sont surtout des femmes qui font le même métier que lui. Jeunes ou moins

jeunes, elles ont toutes cet air un peu espiègle de celles qui ne s’en laissent pas conter. Et pourtant, parmi elles, certaines s’amusent aussi à conter. À raconter des contes. Elles sont là en vacances pour apprendre ce qu’elles ont toutes à partager : des histoires écrites, des événements passés ou des manifestations à venir, des textes à lire et d’autres à dire, des broutilles de phrases, la profondeur d’un mot ou bien, juste un sourire. Le maître des lieux qui organise la rencontre lance une proposition. Et tous et toutes se lancent dans l’écriture. Sans discuter, juste pour voir, pour éprouver, pour s’amuser. Cela donne une entrée nouvelle que, peut-être, on resservira un jour, dans un autre atelier. Et puis, à la lecture, on apprend mieux à se connaître. Un peu seulement. Et la balle tourne ; chacun l’attrape quand il le peut et puis la relance pour une autre. Ou la regarde sur la table pour mieux concentrer sa pensée. Comme Dorothéa Brande. Et chacun peut librement parler, dire ce qu’il a écrit ou bien ne rien oser dire et ne rien dire du tout. Ébloui par la lumière de la grande baie vitrée qui donne sur le monde, comme les autres participants, il suit des yeux la balle. Comme un petit cheval de bois d’un manège doré, elle va de l’un à l’autre tout au bord de la table cirée. Il tente aussi de l’attraper, de la garder et de parler. Mais elle s’échappe et tourne encore. Puis quelqu’un la retient. Et puis encore une autre qui la relâche aussi. Et de plus en plus vite comme l’écriture en rond d’un calligramme d’Apollinaire. Sur la même proposition, chacun poursuit sa route, poursuit la balle des yeux. Chacun poursuit le rêve intérieur qui jamais ne se dit mais qui, parfois, s’écrit. Et tout s’embrouille très vite et les mots de chacun s’emmêlent en écheveau et deviennent brouhaha, charabia et tumulte. Cacophonie. Galimatias. Une autre photo, elle aussi en noir et blanc, montre un enfant rêveur tournant le dos à un piano. Les touches du piano sont comme des rais de lumière et d’ombre. Comme les ruelles d’un souk abritées du soleil sous des canisses lâches. Et la salle en désordre devient kaléidoscope d’idées, de paroles et d’écrits. Il est désorienté. Il se sent étranger. Quatre hommes pour dix sept femmes ! Est-ce la seule raison ? Ou ça viendrait peut-être, seulement de l’écriture ? Mystère. C’est ce qu’il aime dans l’atelier.

Comme un enfant rêveur ébloui par la lumière

Comme les rais colorées de l’ombre et du soleil

Sur le sol d’une ruelle, à Marrakech

Comme les chevaux de bois d’un manège forain

Comme une balle blanche sur une table ronde

Qui roule, tourne, tourne et de plus en plus vite

Comme le blanc et le noir des touches d’un piano

Comme les mots en rond d’un jeu d’Apollinaire

Les paroles s’embrouillent et se métamorphosent

Comme l’atmosphère dorée d’un atelier « recherche »

Comme vingt têtes en rond penchées sur le papier

Des yeux, on suit la balle, on écrit et on rêve.

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