Ecrire dans la comtemporanéité de soi au monde : devenir chambre d’écho
Auteur du dispositif : Philippe Berthaut
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Mots clés : écriture et conscience de soi – écriture en extérieur – travail individuel
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Ecrire une heure à l’extérieur la façon dont on est au monde par le son. Devenir une chambre d’écho du sonore…
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Exemple de texte issu du dispositif :
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« La contemporanéité à soi »… La belle affaire, encore une fois.
Etre présent à soi, ça tombe bien, j’y travaille depuis des mois, des années. Je tente de pratiquer. Terra incognita qui se livre. Si on écoute, on est présent. Horreur et misère de la grande surdité ambiante. Solitude des êtres qui cherchent des oreilles.
Je suis dans la voiture. On m’a dit : « Tu n’entendras rien. » Elles n’ont pas essayé. Après l’agression de toute la déclinaison du vocabulaire sonore, assénée par la faune automnale du samedi, le cocon malodorant de la voiture.
En longeant les murs, j’ai tenté de revoir mon lexique des bruits : crissement des pneus, ronflement des moteurs, grincement des freins, claquage des portières, feulement de la voiture de sport, bruissement des feuilles, souffle du vent. Ça vous va, l’énumération des clichés ?
Vu, ou plutôt entendus du ventre de l’auto, c’est comme si on était ans l’eau. Tous ces beaux mots sont floutés, étouffés, amortis. On peut voir la lumière. Elle fait un son doux, filtré par la vitre fumée. La feuille morte du platane qui vient s’échouer au milieu des essuie-glaces caresse le pare-brise dans un frôlement très doux. La bille du crayon qui cavale ou qui traîne sur le papier, se fait entendre un peu, parfois couverte par la main qui frotte en projetant son ombre.
- L’ombre des bruits -, c’est un peu ça, quand on est dans la voiture. L’avion Toulouse-Paris de 14 h 30 qui trace dans le ciel s’impose tout de même. La passante du samedi piquée sur ses talons trop hauts, trop neufs, la démarche entravée par la jupe trop courte et par la sensation du vent froid le long des jambes à peine vêtues d’un voile de collant me dit qu’il y en a une qui est dehors. Pétarade de la mobylette neuve, dans la grand-rue.
Ecouter, prendre le temps de nommer les bruits : une méthode éprouvée de ramassage personnel. Une fois rassemblé, on se rentre dedans, on est enfin présent là où l’on est. Sensation de globalité, d’entièreté (pour parler comme certains). Je suis une grande oreille avec une petite main dans le creux du pavillon, qui griffonne des mots décousus. Il ne ferait pas si déplaisant dehors, je ressortirais de mon havre tiédi par le soleil pâlot de novembre. Je ne serais plus qu’un silence au milieu du vent. Sensation de silence malgré le ronron du moteur de la bagnole qui erre à la recherche d’une place de parking. Jouissance de l’espace préservé, abri contre les courants du vent et les regards obliques des passants. Le silence noyé de bruit. Confort. Solidité. Ancrage. Qualité.
Si je savais, j’écrirais le silence. Porteur de l’essence des événements. Le silence assourdissant de certains à certains moments : quelle plus belle reconnaissance de l’importance et de la richesse infinie des silences ? Suprême privilège qui ne s’achète pas : vivre en silence. Ecran blanc surpeuplé du silence quand on sait l’écouter. Apprentissage rare du monde et de soi-même.
J’imagine qu’en enfer, on ne pourra pas se fermer les oreilles à l’horreur du bruit qui submerge ; quant au silence des sourds, on dit bien qu’il est absence au monde ???
Le silence n’existe pas, on me l’avait bien dit….
Catherine de Lagabbe

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