Dispositif d’écriture collective du « Grand Agglographe »
Auteur du dispositif : Philippe Berthaut
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Mots clés : écriture et fragmentation – écriture et photographie – travail sur la ville – écriture collective
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Public : adultes
Durée de l’atelier : 7 séances de 2 heures
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Etapes du dispositif :
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Les ateliers ont été précédé de visites exploratoires dans les deux villes, en compagnie soit de responsables culturels ( de la Ville de Cornebarrieu), soit d’élus (de la Ville d’Aussonne).
Les premières étapes ont pour fonction de produire du texte sans se poser de problèmes de composition générale.
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Etape 1 :
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fragmentation des mots Aussonne et Cornebarrieu. Recherche d’un lexique commun en bougeant les lettres et les sons de chaque nom.
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Etape 2 :
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A partir de ce lexique commun, un premier texte est écrit selon les contraintes suivantes :
- Une feuille contenant quatre bandeaux vides ;
- Pour chaque bandeau choisir quatre mots issus du lexique commun ;
- Ecrire dans chaque bandeau un texte contenant les quatre mots ;
- Obligatoirement n’employer que le pronom elle ;
- Ecriture et lecture.
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Etape 3 :
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Ecrire dans une autre page avec bandeaux en utilisant quatre nouveaux mots par bandeaux. N’employer que le pronom « elle ».
Le premier bandeau doit parler d’une arrivée. Les deux suivants de petits évènements se refermant sur eux-mêmes. Le quatrième d’un départ.
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Etape 4 :
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A partir de huit photos prises au cours des visites de repérage (quatre pour chaque ville) écrire un récit. Chaque participante (et le participant) à l’atelier ont un jeu de huit photos retournées sur la table pour ne pas être visibles. Toutes les 7 minutes, une photo est tirée au hasard. Ecriture toujours enfermée dans les bandeaux.
Lecture tournante des textes. Puis lecture aléatoire en mélangeant les bandeaux pour essayer de trouver des liens nouveaux.
Etape charnière car les participants ont pu clairement voir à l’œuvre ce qui leur était demandé, à savoir comment construire collectivement un texte.
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Etape 5 :
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7 phrases ayant fonction d’ « incipit » et ayant « elle » pour sujet sont proposées par l’animateur. Il s’agit d’écrire en résonance de ces phrases ou dans leur prolongement.
Cette écriture doit se mouler dans une autre série de bandeaux ordonnés horizontalement et verticalement.
A partir de là a vraiment commencé le travail de composition. Les bandeaux permettent « curieusement » de faire vivre ensemble des textes que la seule linéarité des paragraphes traditionnels ne permet pas. Cela est venu de l’idée de jardin et de ses plates-bandes.
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Etape 6 :
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Une première mouture d’une dizaine de pages est proposée par l’animateur. Il s’agit maintenant d’écrire dans l’intervalle des textes déjà réunis, à l’écoute d’une certaine « atmosphère » qui s’en détache, d’une petite « musique » propre à la scansion de ces « elles », enfin d’être fidèle à l’esprit qui en a surgi.
A partir de là, mais aussi dès le début de l’atelier, les textes me sont envoyés (ou bien je les tape quand la personne n’a pas d’ordinateur) afin qu’à chaque séance, tous les textes (le plus possible) soient présents.
Une deuxième mouture de quinze pages a été proposée, qui a donné lieu à un travail de réécriture en commun identique. Puis une troisième mouture jusqu’à la version provisoirement définitive que j’ai soumis une dernière fois par mail à la critique des participants.
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Extrait du texte issu du dispositif :
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Elles, en son jardin…
Elle a cinq ans. Maman promène son ventre rond et une petite soeur. Elle, elle promène son regard. Sur les champs, sur la route, presque un chemin. Elle a cinq ans, elle connaît déjà le chemin par coeur. Les cailloux qui roulent, la route qui descend, le camp de nomades qui lui fait un peu peur et puis la fontaine, clou de la promenade. On y surprend le poisson, on s’y attarde un peu. Mais pas trop, c’est le chemin de l’école.
Elle a quinze ans. Elle en a assez de ces avions ! Sur la terrasse, le bruit est insupportable. Toutes les trois minutes, elle s’exaspère. Rien à faire, elle ne peut se concentrer. Elle retourne dans sa chambre travailler ses Kanjy.
Elle a un an et quelques semaines. Parmi ses tout premiers mots, elle glissera : avion. Elle a deux ans, elle se promène sur « le chemin de Mounestiè que peu de voitures dérangent ; elle ne » tient pas la main de Maman. Elle sait où sont les moutons, dans le pré minuscule en contrebas. Avant son cinquième anniversaire les moutons auront disparu, pas les avions.
Elle a quarante ans. Sa vie est pleine d’elles, d’ailes. Elle n’a pas voulu quitter ce village. Pourtant deux de ses elles déjà se sont envolées vers la ville.
Elle la regarde, Elle, celle qui croit qu’on la croit lorsqu’elle défend son jardinet à coup de pièges à loup. Elle trottine autour de sa maison qui résiste à l’embellissement du village. Immuable, cette vieille bâtisse au pied de l’église. Plus très jolie, un peu fanée, comme une vieille femme encore belle que quelques soins et un peu d’amour rendraient à nouveau désirable.
Elle avait soixante ans. Tout ce qu’elle a connu du village est venu lui dire adieu. Partie trop tôt diront certains. Pourtant on ne la voyait plus guère route de Seilh, ce bout de route colonisé par les enfants.
Pourquoi faut-il que ce soit la mort qui nous rappelle les vivants ?
Elle sait depuis toujours que le cimetière côtoie l’Aussonnelle. Et pourtant, ce soir, dans son imagination enfiévrée, elle se demande parfois si les tombes les plus anciennes et les plus proches n’abandonnent pas à la rivière quelques os. Elle rit presque à travers ses larmes et dans son délire elle croit entendre dans les bois proches un cor, échappé d’une lointaine chasse, qui vibre non pas d’un hallali cruel mais d’un poignant SOS. Mais ce n’est que l’écho de ses sanglots poignants que lui renvoie la rue déserte. […]
Texte collectif de Sylvie Allix, Elisabeth Aviles, Geneviève Fournes, Maryvonne Boffo, Joseline Briffon, Claudia Mousseaux, Denise Nicolas, Luc Sarrion, Jeannine Skorzewski, Yvette Thiers, Arlette Weyland.


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