Abécédaire de l’Alphabet
Auteur du dispositif: Philippe Berthaut
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Mots clés : Abécédaire et jeux de mots – poésie et écriture – travail individuel
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Dans l’Abécédaire, écrire une définition poétique (un petit texte qui ait un lien avec la lettre) de trois lignes pour chacune des 26 lettres de l’alphabet.
Durée : 1 heure
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Exemple de texte issu du dispositif :
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A : Fier comme abracadabra, du haut jusqu’en bas. Du ciel il chatouille les appâts. Ah ! Ça ira, ça ira, ça ira ! Tous les chachacha on les pendra !
B : Brodé de blanc, le B barbu et boursouflé n’en finit pas de se gonfler, imbu de sa propre inanité.
C : Ouvert et confiant, calme et accueillant, fenêtre béant sur le monde, prêt à couver en son sein tous les enfants de la terre.
D : Enflé, malade à en craquer. Il doute de ses dons, et rêve de se dédoubler pour devenir un B.
E : Le E pointe de tous ses index la route à suivre. Facile, ils indiquent tous la même direction. Suivez le guide.
F : C’est un E qui a perdu les pédales. Il continue quand même à avancer, sur un seul pied.
G : Comment gérer ce cercle incomplet ? Le G est une promesse de liberté. Impossible d’y rester enfermé. La porte reste toujours ouverte.
H : Barreau d’échelle qui a pris son indépendance, parce qu’il déteste la foule et la promiscuité. Mais à qui peut servir un barreau tout seul ?
I : Pauvre I, nu et lisse, livré au regard des autres. Est-ce pour se fondre dans le paysage qu’il garde toujours sa rigidité pathétique ?
J : Cousin joyeux du I, le J montre une certaine flexibilité. Lettre prometteuse, puisqu’en plus elle tourne à gauche, le bon côté !
K : Que dire de lui ? Triste tentative d’animation du I, il lève un bras et une jambe, sans aucune grâce, bloqué par une soudaine hémiplégie galopante.
L : Lourd, peu sûr de lui. Il a choisi un socle trop grand. Son corps fin et léger aurait pu se contenter de deux petits pieds.
M : Monstrueux ! Il prend toute la place. Poussez-vous, me voilà. Son ventre trop rempli traîne sur le sol.
N : Ni fait ni à faire. Janus de la famille, à double face, une devant, une derrière, il cache en son milieu un poignard bien affûté.
O : Tout rond, un vrai ballon. Piège redoutable. Quand on y a pénétré, absolument impossible de le quitter. Condamné à tourner en rond, du sol au plafond.
P : Protubérant, difforme, poitrine proéminente vissée sur une tige. Pourtant, le P est pratique pour cacher un petit secret.
Q : Toboggan greffé sur un O, pour que vous puissiez vous évader si par malchance vous vous êtes laissé enfermé.
R : Le R a trahi le secret que vous aviez caché dans le P. L’empreinte de sa fuite est restée gravée.
S : Sinueux, sirupeux, le S est insaisissable. Il vous glisse entre les dents quand vous essayez de le ceinturer.
T : L’artiste de la famille. Il pourrait se tenir debout sur la barre, s’appuyer dessus, la brandir à bout de bras. Il préfère l’arborer sur la tête. Olé !
U : Unique et indéchiffrable. Le U dissimule son âme tordue dans sa courbe. Les parois internes couvertes de glu re tiennent vos pensées.
V : Lettre ambiguë. Un bras pour le vainqueur, un bras pour le vaincu. Incapable de choisir.
W : Le V a enfin choisi entre vainqueur et vaincu. Mais la guerre est finie, ils n’ont pas voulu se séparer, et restent frères siamois, à jamais.
X : Lettre exotique et extravagante. Un pied devant, un pied derrière, et deux bras figés en l’air. Comment prêter une crédibilité à ce pantin désarticulé ?
Y : Taureau maltraité, le Y n’a pas su s’échapper, et les banderilles l’ont empalé, une de chaque côté. Oléééééééééé !
Z : Ouvert à tous les chemins, il hézite. Où va-t-il s’en aller ?
Vers l’ avant, vers l’arrière ? Il ne zait pas, il obzerve, il attend, il rezte là.
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Catherine Forné
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Prolongement du dispositif
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Choisir 4 fragments (4 lettres) dans l’abécédaire. Garder tout ce qui est écrit. On peut déplacer les éléments mais ne rien barrer. Construire un autre texte qui ait une unité, trouver quelque chose qui fait du lien (de récit) de manière à arriver à un texte définitif.
1/2 heure d’écriture.
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Exemple de texte issu du dispositif :
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K le texte
Me revient en mémoire cette scène où J. K…. (désormais célèbre grâce à Joseph, pas celui de la crèche, cocu divin, mais à l’autre juif au regard fiévreux), ose un semblant de révolte contre l’absurdité de la loi. Alors il se lève, vocifère, s’enfuit pour échapper aux reproches et à la charge d’accusation de plus en plus lourde qui pèse sur ses épaules trop frêles. Hésitant, il arpente les couloirs et les rues, partagé entre son désir ardent de se justifier en élucidant les mystérieux délits qu’on lui impute, et la résignation qui le paralyse. Sa volonté vacille comme à ce moment où il se dirige chez l ’avocat de sa défense et qu’il pénètre dans l’antre où gît l’infirmière, cette élégante et opiniâtre jouvencelle à jarretelles, livrée aux jeux érotiques de son maître et de ses clients. Devenu insensible aux avances de l’égocentrique et joviale jouisseuse au cœur de jade, il s’arrache désespérément à ses bras pour chercher un appui auprès de sa voisine aux yeux de jaspe. Ainsi, le voici déterminé à retirer son affaire aux magistrats, à manquer à l’appel des juges et à s’enfoncer peu à peu dans une haine des lois qui lui fait vomir le venin qui déborde. Comme nous tous alors, il attend l’arrêt définitif et s’avance titubant, bras en croix, nous abandonnant provisoirement au bord de la fosse et nous livrant inextricablement à nous mêmes.
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Martine Imhoff-Marc

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