« La Halte », de Raymond Roussel

Auteur du dispositif : Philippe Berthaut

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Mots clés : lecture et écriture – jeux de mots – travail individuel

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Lecture collective à haute voix d’une nouvelle extraite de Textes de grande jeunesse, La Halte, de Raymond Roussel, écrivain aimé des surréalistes, auteur, entre autres, de Comment j’ai écrit certains de mes livres et d’Impressions d’Afrique ( q u’il a écrit sans mettre les pieds en Afrique, bien évidemment…) Première phrase : Le choc des gouttes sur le pépin du citron Dernière phrase : Le choc des gouttes sur le pépin du mitron.

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Philippe Berthaut : il y a un jeu sur la polysémie d’un mot (pépin) et la substitution d’une lettre par une autre ( citron / mitron) qui modifie le sens du deuxième mot de la phrase. L’objectif est de trouver l’écart qui va obliger à raconter l’histoire, entre la première et la dernière phrase… Quelles  autres phrases proposeriez-vous ? (15 min de recherche individuelle)

La tâche au noir des sombres chinoises

La tache au noir des ombres chinoises

Il entendit le bourdon et comprit qu’il était piqué

Il entendit le bourdon et comprit qu’il était niqué

Les deux chevaux caracolent sur mes doutes imaginaires

Les 2 CV caracolent sur mes routes imaginaires

Il restait des moutons sous la couche

Il restait du mouton sous la louche

Le matin se leva sur le grand lit carré

Le mâtin se leva sur le grand lit cassé

Un jour il se retrouva avec une pomme d’Adam

Un jour il se retrouva avec une pomme dedans

Par groupe de 4 choix en commun d’une paire de phrases et  écriture d’un récit de 5-6 lignes par paire en conservant l’ordre des phrases. Une demi-heure d’écriture.

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Exemple de texte issu du dispositif :

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Le mâtin se leva sur le grand lit carré. « Tu as encore couché sur mon lit ! » s’écria sa maîtresse en plissant son joli front. Elle interdisait formellement à l’animal de monter sur sa couche. Mais, depuis qu’elle couchait seule, il attendait qu’elle s’endorme. Puis, il s’approchait à pattes de feutre pour se hisser avec mille précautions sur le lit. Alors, il goûtait les délices de se vautrer près des pieds bien aimés.

Mais un soir, la porte de la maison était fermée à clé. Le chien eut envie de hurler. Il sentit pourtant que c’était inutile. Il se roula en boule sur le paillasson et s’efforça de dormir.

À l’approche de l’aurore, un grincement le réveilla. C’était un homme qui s’en allait !

La bête se leva comme dans un cauchemar et entra dans la maison. Devant la douche, il entendit sa maîtresse chanter.

Il pénétra dans la chambre. C’est alors que son cœur d’animal se fendit. Le matin se leva sur le grand lit cassé.

La tache au noir des ombres chinoises l’intrigua. Ces ombres se dessinaient sur un écran de papier de riz. C’était la première fois qu’il entrait dans ce bouge des bas quartiers de Haiphong. Il s’approcha du ballet des ombres, entendit des voix derrière la mince cloison et tira sur une poignée. Le panneau coulissa. Dans une atmosphère enfumée et violemment aromatique, des silhouettes se découpaient dans la lumière de projecteurs. Des hommes se tenaient debout. La tache, c’était le reflet brillant d’un bracelet-montre sur lequel jouait la lumière. Les autres ombres s’agitant en silence, c’étaient des femmes asiatiques, à genoux devant eux. C’est alors qu’il connut la tâche au noir des sombres chinoises.

Il restait des moutons sous la couche. A la vue de cette chambre, l’inspecteur comprit. C’était bien la cachette du criminel. Il se retourna vers son indicateur. Pour une fois, il devait devant ses adjoints serrer la main du type. Mais il n’aimait pas cela. Car il restait du mouton sous la louche.

Francis Pornon

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