DEAMBULATIONS « MEDIATHIQUES»
Parfumé de la rue
En Cabanis, je fume
Hasch de guerre
Sur les étagères
J’hume les lignes
Pavot dans les poches
J’enfile les perles des pavés,
Je ne suis pas repu
De l’air populaire
Dans la houle
Un mot dit : « que veut la foule ? »
Libérez-vous !
Le paquebot tangue
Quand danse en basse altitude
Le bitume de la foule libérée
La R18 break, venant d’Albi où nous habitions, montait la butte de Jolimont. Et soudain Toulouse surgissait et m’explosait au visage. Délicieux. Je restais silencieux coincé à l’arrière de la voiture entre mes deux frères. Toulouse apparaissait et j’avalais. J’avalais cette grande ligne droite qui dévalait la colline, traversait le canal du midi, puis les quais de la gare Matabiau. Au bout, tout au bout, elle se diluait sur les boulevards. Ces grands boulevards de la grande ville noyés de voitures. J’observais mon père au volant sûr de lui, lui le Toulousain. Je me sentais en sécurité, nous étions sur son territoire. Mon père avait tendance à ne pas se laisser faire sur la route. Alors à Toulouse sur les boulevards… Sur le boulevard de Strasbourg, sa mère habitait un appartement bourgeois en face de L’Entrecôte.
J’avais 8 ou 9 ans et voilà tout ce que je connaissais de Toulouse : le trajet de la butte de Jolimont à l’appartement de ma grand-mère, un trajet que je gobais le front collé à la vitre de la voiture.
Dix ans plus tard, le bac en poche, je passais toujours par la butte. Toulouse surgissait et je jouissais. Désormais au volant, ma vie et ma ville à pleine vue, je répétais au collègue que je transportais : « Putain, ça c’est de la ville ! ». Je jetais un œil complice à la place Marengo à qui j’allais fatalement rendre visite. Faut dire qu’entre « Les 3 petits cochons », « Le Tilleul » et les pétards sur le parking à bader le trafic d’un quartier de gare, j’avais de quoi égrainer le bonheur.
Aujourd’hui, je suis place Marengo et j’ai toujours la tête appuyée sur une vitre. Une vitre de la médiathèque Cabanis à 30 mètres du sol. Et sur le sol, il n’y a plus rien. Plus de parking, « Les 3 petits cochons » et « Le Tilleul » rasés, le mur en briques roses sur lequel j’aimais m’appuyer n’existe plus. La perspective que j’avalais gamin est brisée. Je me retourne et lis sur une porte de service de la médiathèque « stockage interdit ». S’ils savaient les tonnes de souvenirs qui rôdent autour et les tranches de vie qui sentent encore les vapeurs de vies violement dissoutes. Piles de livres contre piliers de bar accoudés au comptoir de ce qu’ils sont.
Je me rue sur le bitume de la rue Bayard
Et l’art plume l’air de bulles de mots et de couleurs
Icare est climatisé entre Terminus
Et un Vélo sentimental,
Vivre Mobile vole dans son Cyber-monde
Celui de l’Intégration des cheveux
Et l’American Express navigue vers
Alliance sécurité et la Family sphère,
Évidemment, entre Ripaille et Balade de lardons
La Convergence d’un Besoin d’argent au bout de la rue
Au feu de circulation, une voix répète :
« Rouge piéton, rouge piéton…. »
Sur le poteau, un auto collant défraîchi,
Rouge aussi, du PC
De l’autre côté du zébra,
Je dirige mes pas
Vers Le Jean Jaurès
De mon enfance…
www.jeanjaures.com est une conne de farce
La force brute de Jaurès n’est pas virtuelle
Elle brise l’homme moderne de Fabergé
Des cabanes, hissons-nous
Du canabis sans vice aux lèvres
Les paquets du paquebot sont laids
Les ruelles sont belles
Pavons nos vies de ce que nous sommes
Bâtissons nos souffles qui résonnent à raison
Les arts de rue ruent dans les étagères
Ne rangeons pas nos désirs étouffé
.
Texte écrit par Emmanuel Scheffer lors de l’atelier d’écriture animé par Didier Goupil à à la médiathèque José Cabanis de Toulouse, dans le cadre du projet communautaire Zone Urbaine Textuelle de la Boutique d’Ecriture du Grand Toulouse (2009)

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